Le cycle de la loose – 2

Point de suspens, je ne couve pas. Pour la première fois, (du coup, je l’avoue, je ne m’y attendais pas), mon winner ne s’est pas réveillé. Au paradis, direct. N’est pas passé par la case utérus, n’a pas pris 100 €.

J’ai raccroché, j’ai appelé Brad qui jardinait, j’ai pleuré. Brad m’a dit plusieurs choses. D’abord, qu’il valait mieux ça plutôt qu’une énorme déception dans 12 ou 15 jours. Moi-même, je trouve ça préférable, la chute est moins dure. Ensuite, que ça arrivait très souvent (ce que la la biologiste m’a confirmé) même si on ne s’y attendait pas vu que ça ne nous était jamais arrivé au cours de nos 4 derniers TEC. Bien sûr, faut que ce soit le dernier qui ne résiste pas. C’est pas la loose, ça ?

Je vais aussi pouvoir profiter pleinement de mes vacances : apéro, ménage de printemps, vélo… Puis, ça tombe bien, je n’avais plus de jolis shortys ou tanga à montrer à Super Doc.

Enfin, je vais pouvoir démissionner, comme prévu, à la fin du mois, et m’installer. D’ici septembre, je n’aurai plus de « patron », je travaillerai pour ma pomme, et je serai pauvre. Mais moins stressée (quoique…), moins contrariée, plus épanouie.

Et on va pouvoir faire le point avec Super Doc. Rendez-vous est pris  pour le 23 avril (aucun désistement avant, vraiment pas de chance).  De toute façon, je ne compte pas faire de prochaine FIV avant septembre prochain. Je n’en puis plus, j’ai besoin de penser à d’autres choses, plus agréables, de préparer mon installation, de me consacrer à mon boulot pour être plus performante. Et de faire tous les examens possibles pour savoir pourquoi on n’y arrive pas, comme tous les autres.

Mon programme immédiat : passer un week-end à rien faire. Puis, les jours suivants, ranger ma maison, profiter de voir des amis, faire du shopping. Jeudi, on part s’aérer chez les parents de Brad, dans leur deuxième maison, au milieu de nulle part. Ils n’arrivent que le vendredi, de sorte qu’on aura une journée/soirée pour NOUS. Puis, on profitera de ses parents, on mangera de la charcuterie et on boira du vin (toutes ces choses qui me frustraient de ne pouvoir faire), et le samedi arriveront sa sœur, son chéri et leur fille. Brad m’a promis qu’on irait faire les boutiques et peut-être qu’on irait voir des amis qui ont déménagé à une heure de route de la bas.

Ironie du sort, ce soir, on dîne avec un couple d’amis dont a découvert récemment qu’ils traversaient les mêmes problèmes que nous. On va pouvoir partager nos expériences, se donner des petits trucs et astuces, se comprendre… Je vais également pouvoir me changer les idées.

Mon programme pour la suite : effectuer tous les examens possibles pour savoir si un truc nous empêche d’avoir des enfants. Prendre rendez-vous avec une naturopathe. Peut-être un acupuncteur. Prendre des cours de yoga ou de relaxation ou de sophrologie.

Vivre ma vie.

Pessimiste ? Non, réaliste.

Nous y voilà. J’ai dû ovuler. On ne sait pas bien quand, entre lundi et ce matin. Lundi parce que selon Super Doc qui se fie aux analyses sanguines, j’aurai ovulé lundi (sinon, pourquoi un transfert samedi, hein ?). Mercredi parce que ce matin (mercredi, donc), j’ai eu une grosse douleur du côté du follicule dominant. Brad a choisi de faire confiance à Super Doc, donc, je ne vais rien dire sur mes sensations… voilà voilà.

Nous avons reçu les résultats des caryotypes qui sont bons : aucune anomalie. Je ne sais pas si je dois me réjouir ou pas. Car mon incapacité à « garder » ces jolis blastos n’est toujours pas expliquée.

Je vais sur mon 9ème winner transféré, et autant te dire que je n’y crois plus des masses. Si toutefois il se décongèle bien, of course. Il y forcément quelque chose qui cloche.

Super Doc a voulu laisser une chance à ces trois derniers petits winners de trouver leur place avec un bon endomètre, bien comme il faut, grâce à la pompe. Les deux derniers ne se sont pas accrochés. Pourquoi le 9ème le ferait ? Je n’y crois pas, plus.

D’ailleurs, Super Doc m’a bien conseillé d’avoir des rapports en ce moment. Les leçons de poneys ont donc eu lieu dimanche et lundi pour l’heure. Mardi (hier), Brad était vraiment très mal en point, je n’ai pas insisté. Peut-être pourrons-nous retenter ce soir.

Je cherche tant bien que mal des témoignages de transfert réussis au bout de 10 blastos tranférés, mais non, rien. C’est soit ça fonctionne rapidement, soit ça ne fonctionne jamais.

Malgré tout, je sais qu’à partir de samedi, j’y croirais, pour donner une chance à ce winner. Cependant, je pense que je ferai la prise de sang plus tard que prévu si ça ne tombe pas un vendredi. Histoire de pas me mettre dans des états pareils durant la semaine. Je ferai peut-être même un test pipi avant, pour bien m’habituer, progressivement à l’échec. En effet, je ne peux compter sur mes règles qui sont arrivées la dernière fois à DPO 18.

Après ce transfert, j’évoluerai professionnellement, et ça c’est une bonne chose.

Et je demanderai à Super Doc de me faire plus d’examens, pour « trouver » ce qui ne va pas. Lui demander si elle trouve franchement normal qu’après transfert de 9 blastos, aucun ne se soit accroché. Alors, on a déjà fait une hystéroscopie, une cœlioscopie, un caryotype. C’est déjà pas mal, peut-être, mais apparemment pas suffisant pour trouver ce qui cloche. Nous ferons les examens de l’endomètre proposé par m*tricel*b, mais les solutions proposées ne garantissent aucunement une accroche. Je demanderai à Super Doc si on doit refaire l’immunologie, déjà faite il y a deux ans, lorsqu’on l’avait vue pour la première fois, et peut-être une biopsie de l’endomètre. J’ai déjà ma liste de propositions.

Brad, lui, m’agace. Il est persuadé que si on propose 4 FIV remboursées, c’est que ça peut toujours fonctionner, même à la quatrième. Il ne veut pas comprendre qu’après 9 winners transférés (des J5, je vous rappelle), ça aurait dû marcher.

J’avoue, je suis un peu blasée, mais quoi de plus normal avec mon taux de réussite ? Je ne connais aucune autre PMette pouvant se targuer d’autant d’essais non aboutis. Bref, à moi toute seule, je bousille toutes les stats du centre PMA.

Le cycle de la Loose

Un cycle pareil, ça ne s’invente pas.

Tout d’abord, quoi de neuf depuis mon dernier article ? Et bien, rien de bien folichon. Je viens de passer une dizaine de jours assez déprimants, entre crises de larmes (mais pourquoi je ne garde aucun winners ? et si ça continue, est ce que je serai maman un jour ?), doutes (on va vite arriver aux 4 FIV remboursées, que va-t-il se passer ensuite ?), engueulades avec Brad (tu ne m’aides pas pour le ménage, la bouffe, y’a pas que toi qui fait des horaires de ouf et c’est pas toi qui te tapes toutes ces putains d’hormones) et boulot-boulot (ça fait du bien de penser aux problèmes des autres, et puis de toute façon, je n’ai pas le choix, avec tous ces non-évènements PMA, j’ai pris du retard).

Que du bonheur, en somme.

Durant ces 10 jours, comme convenu avec Super Doc, j’ai gardé la pompe, donc, toujours sous traitement, mais en mode jemenfoutiste parce que, dans ma logique (qui ne me semble pas mauvaise), si 8 winners ne se sont pas implantés, pourquoi le 9ème déciderait de faire autrement ? Mon chiffre porte-bonheur, c’est le 7, pas le 9.

C’est samedi soir que la loose a commencé. Je vis ma journée en mode déprime car engueulade avec ma mère, et mes parents m’agacent pour des raisons annexes. Bref. Le soir, on rentre d’un dîner chez eux, plutôt sympa malgré ma déprime et c’est le moment de changer la pompe. En théorie. Parce qu’en pratique, je m’aperçois que j’ai OUBLIE (oui, oublié !) d’aller chercher le produit à 400 boules qui permet de me donner les bonnes hormones qu’il faut. My God. Je vous rappelle que Madame la Pompe m’injecte des hormones toutes les 90 minutes. 23h, un samedi soir, je fais quoi ? Et bien, je m’énerve toute seule 10 minutes, et je vais me coucher, sans la pompe. Pas plus stressée que ça (que pouvais-je y faire ?).

Le lendemain, aucune des pharmacies de garde que j’appelle ne répondent (c’est ouf, ça !) et de toute façon, je doute qu’elles aient mon produit spécifique en stock. Je demande conseil à Miss inFertility, un brin stressée tout de même, qui me dit que selon elle, c’est pas bon d’enlever si longtemps la pompe et que quand ça lui arrive, elle a toujours le reste des traitements précédents dans le frigo. Je vous vois avec vos gros yeux, là, alors j’explique. Le produit que je mets dans ma pompe, c’est une solution reconstituée (comme Menopur, pour les initiés ou comme Pergoveris [oui, j’ai testé tous les traitements]). Quand je prends le produit reconstitué dans ma seringue pour l’injecter dans ma pompe, il reste toujours dans la fiole un tout petit reste de solution reconstituée. Que je conserve sagement (pas au frigo, moi !) dans l’attente d’un recyclage.

Comme je ne peux pas savoir quelles solutions reconstituées sont les plus récentes, je prends tous mes fonds de fioles et je les mets dans un. Et je m’injecte ça. Même pas peur. Enfin, si un peu. J’ai demandé à Brad de m’emmener d’urgence à l’hôpital s’il voyait un truc chelou, et une heure après m’être recollée une pompe bricolée, je me suis sentie fébrile, des vertiges, avant de m’apercevoir que tout ça n’était que psychologique… Note pour plus tard : tout est dans la tête. C’est agaçant, mais c’est vrai. Enfin presque.

Ce matin, je me suis rendue à mon rendez-vous écho-prise de sang, stressée à mort. Super Doc m’a rassurée : pas de traitement pendant 12h ne devrait pas avoir d’incidence (bon, je lui ai pas dis pour la solution reconstituée pour les 12 autres heures et le fait que je me suis prise pour un petit chimiste…). Bon à savoir. On fait l’écho qui montre un joli follicule… A GAUCHE !!!! ouiiiiii !!!! Du côté de la bonne trompe pas bouchée. Je suis toute euphorique et j’explique à Super Doc que c’est bien la première fois que j’ovule à gauche. Elle me dit en rigolant que j’ai intérêt à avoir des rapports dans les jours qui arrivent. Nous y reviendrons.

Je file au travail, et accumule les mésaventures. Je ne peux pas souffler, sauf pour manger vite fait, en lisant les blogs de mes copinautes. Pendant ce temps, je reçois mes résultats de prise de sang et un appel de la clinique.

Prise de sang : LH à 22,5; Progestérone à 2,7 et Estradiol à 507.

Coup de fil de la clinique que je découvre à 16h30:

Bonjour Mme Marivalou, voici les consignes pour le déclenchement : Ovitrelle cet après-midi, pour un transfert samedi. 

Quoiiiii ??? WTF ? « Cet après-midi ? ». Je les rappelle en disant que je travaille, que Ovitrelle est dans mon frigo, et comment je fais ??? Ils vont demander à Super Doc. En attendant, je m’organise et rentre chez moi pour 17h45 (le truc qui m’est jamais arrivé…). Super Doc a dit de faire Ovitrelle dès que possible, mais que ce n’était pas grave si je la faisais ce soir. Ce sera 18h, donc. Vu que j’étais déjà partie. Là, ça va se compliquer car d’habitude, c’est Brad qui manipule Ovitrelle. Moi, je subis. Je dis : « tu fais bien attention hein » mais je ne fais rien. Là, il faut agir. J’agis en conséquence. Sauf que pour la première fois depuis mes nombreuses expériences d’Ovitrelle, IL Y A UNE BULLE ! Oh Bordal. Je suis donc les instructions pour enlever la bulle qui disparaît (ouf). Et je m’injecte la chose.

Brad rentre et va direct au lit… non pas pour faire une partie de couic couic avec sa chère et tendre (moi), non. Pour dormir. Brad est malade. Le jour où j’ovule quasi-naturellement du côté gauche, Brad est malade. Le jour où le truc qui arrive jamais arrive, Brad est malade. Il a cependant dit qu’il allait essayer. J’essaie de ma rassurer en me disant qu’on l’a fait hier. Mais merde, ça aurait été bien d’avoir une chance au naturel en plus de cet embryon congelé. Nous verrons, donc. J’ai envie de dire, après tous ces coups de loose : advienne que pourra.

Transfert prévu pour samedi, donc. Ca tombe bien, je prends une semaine de vacances à compter de samedi. Timing pârfait. J’aurai préféré dimanche, quand même, histoire de faire le ménage à fond samedi. On va pas chipoter. Brad se chargera du ménage. Moi, je me ménage.

Concernant enfin mon état d’esprit, il s’est amélioré. Nettement. En allant à la clinique (30 à 40 minutes de trajets beacause embouteillages), je me suis dis deux choses.

Chose positive number One : je crois aux cycles. J’ai eu mon cycle de bonheur de quatre années, à compter de 2006 :

2006 : demande en mariage de Brad, préparation du mariage

2007 : mariage, réussite du plus dur examen de ma vie

2008 : entrée à l’école, voyage de noces fabuleux

2009 : fin de l’école, diplômée et entrée dans ma belle profession.

Puis, j’ai eu mes 4 années de loose :

2010 : finalement,je fais une profession de marde, qui me stresse et qui ne me laisse ni vie sociale, ni vie familiale possible. Mon poids est à – 10 kgs et je ne vais pas super bien.

2011 : les travaux dans notre maison s’éternisent, ras le bol, et mon métier ne me laisse toujours aucun répit.

2012 : découverte de l’absence d’ovulation, de la trompe bouchée, entrée en PMA

2013 : une FIV et trois TEC plus tard toujours rien.

STOP ! à partir de 2014, il doit y avoir des choses positives. Je fais abstraction de ma deuxième FIV ratée et du TEC tout aussi foiré. Ils n’existent pas. J’entame mon ccyle de bonheur cette année,  épicétou !!!

Chose positive number two : que ma prise de sang soit positive ou négative, il y aura forcément une bonne nouvelle : soit une grossesse, soit une démission. Mais dans tous les cas, ça marquera le début du reste de ma vie. Si je démissionne, cela signifie que je serai à mon compte dès septembre. Qui dit installation à mon compte, dit plus de travail, peut-être, mais au moins je bosserai pour moi, et dit surtout : LIBERTE !

Car j’ai réalisé une chose. A cause de mon boulot certainement, et à cause aussi de mon parcours PMA, j’ai l’impression de ne pas vivre ma vie, d’être en mode « pause » dans l’attente d’un mieux. Je ne peux plus vivre comme ça. Je veux vivre ma vie, être acteur et ne pas la subir. Ca commence donc par une évolution professionnelle, indispensable et nécessaire. Etre son propre patron, ne plus devoir être réactif à la seconde, ne plus se prendre des remontrances, devoir gérer les dossiers des boss et les miens de front, ne plus se justifier, être libre, en somme.