Prendre rendez-vous avec son député

En ce moment même, un projet de loi est en discussion au sein de l’Assemblée nationale. Un projet de loi qui nous concerne, nous, infertiles. Qui serait susceptible d’améliorer les conditions de travail de certains d’entre nous. Qui permettrait de lever un peu plus le tabou sur l’infertilité, du moins au sein de la sphère professionnelle.

Les sénateurs ont commencé le travail : ils ont voté un  amendement pour faciliter la vie des salariées qui sont en parcours PMA. Maintenant, non seulement il faut que cet amendement soit voté avec le projet de loi de modernisation du système de santé en décembre prochain, mais en plus, il faut continuer la lutte.

Cet amendement ne suffit pas : il ne concerne pas les hommes, qui, eux, n’ont aucun régime d’autorisation d’absence alors que leur présence est exigée par la loi à chaque transfert d’embryon, et également exigée par la force des choses en cas de ponction.

Parallèlement, toujours en ce moment même, sur la blogo PMesque, je vois des gens qui se déchirent. Un fossé qui se creuse entre celles qui sont maman et celles qui ne le sont pas. Des règlements de compte publics qui n’ont pas lieu d’être (un peu de retenue, que diable !). Des personnes qui se sentent blessées et touchées par les écrits des autres. Beaucoup d’encre a coulé ces derniers temps sur les maladresses des uns et des autres.

Je ne juge personne et ne blâme personne. Je voudrai simplement faire remarquer qu’au lieu de mettre notre énergie et notre temps à écrire des commentaires parfois blessants ou à régler nos compte par blogs interposés, nous pourrions mettre cette énergie au service de la cause des infertiles qui nous concerne tous et écrire une lettre à notre député et/ou lui demander un rendez-vous pour qu’il porte notre parole au sein de l’Assemblée nationale.

N’oublions pas que notre député est celui qui nous représente. C’est celui qui porte notre voix. S’il ne connait pas notre position sur la PMA, comment pourrait-il défendre au mieux nos intérêts ?

Nous pouvons donc faire avancer les choses. Ensemble. Réunir nos initiatives individuelles pour avancer.

Vous n’avez pas le temps ou vous ne vous sentez pas de rencontrer un attaché parlementaire ? Vous pouvez vous contenter d’écrire à votre député. Croyez-moi, son courrier est lu. Et c’est déjà énorme.

Vous ne savez pas quoi demander à votre député ? Plume (que je remercie) a écrit un modèle de lettre, que vous pouvez adapter : ici. Vous pouvez également copier/coller le mien, en l’adaptant à votre parcours ou votre personnalité.

Le collectif BAMP! et ses drôles de dames du Bureau ont également résumé sur un document de travail l’ensemble des points à aborder lors d’un éventuel rendez-vous et se tient à votre disposition pour vous l’envoyer, bien évidemment. On peut les remercier pour ce travail titanesque effectué.

En ce qui me concerne, j’ai décidé d’agir. J’ai écris à mon député, en mon nom (le vrai de vrai) :

« Monsieur le Député, 
Je me permets de vous écrire en ma qualité d’adhérente à l’association Collectif BAMP!, association qui oeuvre quotidiennement pour une meilleure prise en charge des couples souffrant d’infertilité. 
Je souhaiterais vous entretenir du sujet de l’infertilité et du vécu des parcours de PMA (procréation médicalement assistée) dans le cadre de la loi de rénovation santé, actuellement en débat à l’Assemblée.
Vous le savez peut-être, l’infertilité est une sorte de nouveau fléau des temps modernes qui touche aujourd’hui pas moins d’un couple sur 6. 
Les parcours PMA vécus, subis par ces couples pour peut-être un jour avoir un enfant (mais pas toujours, un couple sur 2 sort de PMA sans enfant), sont souvent longs, toujours extrêmement contraignants. 
Récemment, un groupe de sénateur s’est mobilisé pour voter un amendement allant vers une avancée dans les conditions de vie des salariés impliqués dans un tel parcours. 
Cet amendement vise à introduire un régime d’autorisation d’absence pour les femmes engagées dans un parcours PMA. 
Cet amendement, s’il est significatif de la prise en considération de la problématique de l’infertilité au sein de l’entreprise et constitue pour cette raison une avancée non négligeable dont je ne peux que me réjouir, il ne paraît cependant pas suffisant. 
Pour quelles raisons ? 
Il y en a plusieurs, et je peux vous en donner un petit aperçu. 
Tout d’abord, parce que l’infertilité touche un couple, non seulement une femme. Certes, la femme subit les traitements, les échographies de contrôle, l’insémination, la ponction ou un transfert d’embryon, mais l’homme aussi a son lot de contraintes. Si l’infertilité est masculine, des opérations sont souvent nécessaires avant tout traitement, les consultations chez les plus grands spécialistes se font toujours en couple, et l’homme a l’obligation LEGALE d’être présent lors d’un transfert d’embryon, a fortiori lors d’une ponction, pour le recueil de gamètes. 
Il serait par conséquent logique que le régime d’autorisation d’absences des salariés au sein de l’entreprise soit étendu aux hommes et ne concerne pas seulement les femmes. 
Ensuite, parce qu’un tel régime ne peut aller sans une interdiction de tout traitement ou comportement de défaveur au motif qu’une personne est engagée dans un parcours PMA. Si nous pouvons nous absenter, nous devons également être certains que ces absences ne nuiront pas à notre carrière professionnelle, à une possible à embauche ou pourrait constituer un motif détourné de licenciement. 
Bref, un parcours PMA est déjà en lui-même un sacré handicap social, n’en faisons pas non plus un handicap professionnel. 
L’infertilité et le long parcours menant (ou pas) jusqu’à un enfant a forcément un impact sur le travail. 
Et je me sens d’autant plus concernée que je suis infertile et que j’ai pu souffrir de ne pouvoir en parler à mes anciens employeurs. 
…..de profession, j’exerçais pourtant auprès (mes anciens employeurs) très tolérants et très ouverts, mais le manque de protection en la matière m’empêchait de leur révéler la véritable cause de mes absences et de mes hospitalisations. 
L’association Collectif BAMP! oeuvre depuis plusieurs années maintenant pour améliorer les conditions de vie des couples infertiles, dont je fais partie. 
La loi rénovation santé est une occasion pour que des avancées juridiques puissent avoir lieu en la matière. 
Vous trouverez en pièce jointe un document de travail réalisé par l’association Collectif BAMP! pour présenter les éléments juridiques qui pourraient permettre d’envisager une modification des lois en faveur d’une meilleure protection des couples en parcours d’Assistance Médicale à la Procréation.
Afin de me permettre de vous présenter en détail l’objet de la demande de l’association pour une meilleure protection juridique des couples engagés dans un parcours PMA, j’ai l’honneur de solliciter un entretien.
 Je reste à votre disposition pour une prochaine proposition de rendez-vous au numéro suivant : ……………. , par mail : …….ou par courrier à l’adresse suivante : …….
En vous remerciant de l’attention que vous porterez à la présente demande, je vous prie de croire, Monsieur le Député, en l’expression de mes respectueuses salutations. » 

Et il m’a accordé un rendez-vous.

Bref, j’ai rendez-vous avec mon député. Et j’ai la trouille.

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23 réflexions sur “Prendre rendez-vous avec son député

  1. J’ai écrit aux 7 députés du caillou il y a plus d’une semaine et je n’ai pas reçu le moindre accusé de réception !! Je crois que je vais faire du harcèlement tiens, jusqu’à qu’au moins l’un d’entre eux daigne me répondre. Nan mais o !!

    • T’es fortiche toi. J’ai quand même attendu une semaine avant d’avoir une réponse et je soupçonne mon métier d’y être pour quelque chose. (J’ai fais exprès de le préciser, c’est moche ?).
      Je n’ai pas choisi l’élu en question par hasard non plus…

      • Pas fortiche pour un sou… J’avoue que je n’ai pas personnalisé les 7 mails, et que je me suis contenté de faire des copier-cacher…
        En revanche, comme toi, j’ai signé avec mon vrai nom.
        Tu as très bien fait de le préciser !! Autant utiliser toutes les armes de persuasion qu’on a en notre possession…

  2. Si tu es aussi convaincante à l’oral qu’à l’écrit, nulle doute que la loi Marivalou sera votée demain à l’assemblée! 🙂 courage et merci pour ton engagement!

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